samedi 7 novembre 2026

Andrés Galmés Nadal : Larache et Ceuta, architecture, archives et mémoire collective

HISTORIA DE LARACHE EN FOTOS · DOSSIER D’ARCHITECTURE ET DE MÉMOIRE

Andrés Galmés Nadal
Larache et Ceuta, l’architecture d’une mémoire retrouvée

Lecture historique et critique d’une conférence consacrée à l’architecte, à ses œuvres, à ses projets oubliés et aux incertitudes qui entourent leur attribution.
XXIX Jornadas de Historia de Ceuta · 5 octobre 2026 · Sergio Ramírez González · Antonio Bravo Nieto · José Luis Gómez Barceló
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Enregistrement de la conférence : Instituto de Estudios Ceutíes, 5 octobre 2026. Cette étude ne constitue pas une transcription littérale. Voir sur YouTube.
Mercado Central de Larache, architecture néo-mauresque, arcades et palmier, photographie documentaire publiée par la Junta de Andalucía
Marché central de Larache après réhabilitation. Document : Junta de Andalucía. Source de l’image. Il ne s’agit pas de l’état de 1924.
Étude patrimoniale · Histoire urbaine · Analyse architecturale

À Larache, l’histoire de l’architecture ne se lit pas seulement dans les archives : elle se devine aussi dans les façades, les cages d’escalier, les marchés, les villas transformées et les photographies familiales. La conférence consacrée à Andrés Galmés Nadal ouvre un débat particulièrement fécond pour la mémoire collective architecturale et patrimoniale de notre ville. Elle oblige à revisiter des bâtiments familiers, à interroger leurs auteurs et à distinguer ce qui est établi de ce qui reste à démontrer.

1. Une conférence, trois regards et un enjeu pour Larache 00:08–06:13

Le 5 octobre 2026, dans le cadre des XXIX Jornadas de Historia de Ceuta, organisées par l’Instituto de Estudios Ceutíes autour du thème « Ceuta y las artes: historia, creación e investigación », trois spécialistes ont présenté la communication « La visión art déco del arquitecto Andrés Galmés, entre Larache y Ceuta ». Introduite par Guadalupe Romero Sánchez, elle réunissait Sergio Ramírez González, professeur d’histoire de l’art à l’Université de Málaga ; Antonio Bravo Nieto, historien de l’architecture et chroniqueur officiel de Melilla ; et José Luis Gómez Barceló, archiviste et chroniqueur officiel de Ceuta.

Le partage des interventions suivait une logique scientifique : Ramírez González reconstituait la biographie et les archives administratives de l’architecte ; Bravo Nieto examinait ses réalisations et ses possibles interventions à Larache ; Gómez Barceló confrontait les mêmes questions à la documentation et au bâti de Ceuta. Leur dialogue est précieux pour notre ville : les archives architecturales de Larache sont fragmentaires ou perdues, alors que celles de Ceuta, quoique incomplètes, offrent d’autres voies de comparaison.

Il ne s’agit donc ni d’une célébration sans réserve ni d’une attribution systématique des édifices à un seul homme. L’intérêt du débat tient précisément à la confrontation de documents, chronologies, photographies anciennes, plans urbains, styles, techniques et témoignages. Une histoire urbaine responsable doit accepter ses zones d’incertitude. Cette démarche rejoint la vocation d’Historia de Larache en fotos : réunir images, mémoire des habitants et recherches pour restituer au patrimoine urbain sa profondeur historique.

2. Andrés Galmés Nadal : une biographie progressivement éclaircie 06:13–25:16

De Manacor à l’École d’architecture de Madrid

Selon les pièces rassemblées par Sergio Ramírez González dans le dossier personnel conservé à l’Archivo General de la Administración (AGA), Alcalá de Henares, Andrés Galmés Nadal naît à Manacor, Majorque, le 8 avril 1896, dans une famille relativement aisée ; son père exerce la profession d’avocat. Ses études passent par Cuenca, Soria — où il aurait eu Antonio Machado comme professeur, avec une appréciation notable — puis San Lorenzo de El Escorial, où il achève le baccalauréat en 1911. Les cours préparatoires d’architecture commencent à Madrid vers 1911-1912, avant une formation menée de 1913 à 1920, année d’obtention de son diplôme. Une convocation militaire signalée en 1917 reste mal documentée ; selon le conférencier, Galmés ne semble pas avoir effectué le service annoncé.

Barcelone, Madrid et l’arrivée au Maroc espagnol

En 1921, Galmés travaille à la direction d’édifices scolaires dans la province de Barcelone tout en restant lié à Madrid, où il figure à la Sociedad Central de Arquitectos. L’année suivante marque le véritable tournant : les administrations du Protectorat espagnol recherchent des techniciens pour les constructions civiles et les travaux publics. En janvier 1922, il est proposé comme collaborateur de l’architecte en chef Carlos Óvilo, installé à Tétouan, pour des travaux intéressant notamment Larache.

Paradoxe déterminant : bien qu’architecte diplômé, Galmés est nommé « aparejador de primera » en octobre 1922 et prend ses fonctions en novembre. Le traitement annoncé comprend 4 000 pesetas annuelles et 4 000 pesetas de gratification, montants évoqués dans la présentation administrative. Son espoir de compléter les revenus par des commandes privées semble avoir été déçu. Le délégué du Fomento, l’ingénieur José Pérez de Petinto, apprécie sa valeur et appuie les démarches pour transformer son emploi en véritable poste d’architecte, notamment en 1923. Sans succès.

La différence entre diplôme, emploi administratif et droit de signer les projets explique en partie une difficulté récurrente : Galmés pouvait contribuer à concevoir ou décorer une œuvre sans en devenir l’auteur officiel dans les dossiers. L’absence de signature n’est donc pas toujours la preuve de l’absence de participation ; inversement, une ressemblance de style ne suffit pas à établir l’auteur.

La démission de 1926, les carrières parallèles et les dernières années

Après plusieurs refus, Galmés démissionne en septembre 1926. Il est remplacé dans le service par José Larrucea Garma, autre acteur important de l’architecture larachoise. De 1927 à 1934, sa trajectoire devient plus dispersée : Ceuta, Cadix, d’éventuels travaux à Casablanca signalés par sa famille mais non établis par des dossiers retrouvés, et plusieurs postes d’architecte du cadastre à Las Palmas, Cadix puis Palma de Majorque. Les conférenciers soulignent l’énigme des déplacements et des autorisations qui lui permirent de travailler simultanément dans différentes villes.

Deux exemples illustrent cette carrière aux attributions complexes : à Cadix, l’ancien Hotel Atlántico, généralement lié à Ricardo de Churruca vers 1929, pourrait avoir reçu une contribution stylistique de Galmés selon les souvenirs familiaux ; la Casa Matriz de Expósitos, contemporaine d’une association avec Manuel Beardo Cuenca, témoigne de son intérêt pour des compositions néo-maniéristes. Il faut distinguer ces pistes d’une autorité documentaire complète.

Ramírez González présente ensuite un épisode dramatique : à la suite d’une altercation politique avec un militaire en 1939, Galmés aurait été condamné à six mois de prison et à un an d’inhabilitation de son poste public. Le conférencier en montre une liste carcérale : ce point important appelle la consultation du dossier cité avant une publication biographique indépendante. En 1948, l’ingénieur Gabriel Roca l’aurait associé à l’édifice du club nautique de Palma ; une fois encore, la participation de Galmés paraît effacée de l’attribution officielle. L’architecte meurt à Manacor en 1970, laissant plusieurs décennies d’activité encore inégalement documentées.

3. Une « écriture » architecturale : néo-mauresque, baroque et Art déco 28:20–35:54

Antonio Bravo Nieto emploie une métaphore essentielle : la « calligraphie » architecturale de Galmés. On reconnaîtrait sa main par une façon de traiter les angles, les tours, les loggias, les garde-corps, les grandes avancées de toiture, les baies et les ornements ajourés. Cependant, la méthode reste comparative : ces indices ne constituent pas, seuls, une signature légale ni une preuve archivistique.

Il serait réducteur de décrire Galmés comme un architecte « Art déco pur ». Son langage réinterprète les traditions néo-arabes, mudéjares, baroquisantes et régionalistes avec des volumes et des rythmes parfois plus modernes. À l’inverse d’une reproduction archéologique servile, il assemble, simplifie ou déplace les motifs historiques pour créer une composition nouvelle. La conférence situe cette inventivité dans le large mouvement de réaction à l’Art nouveau ; cette définition de l’Art déco demeure une interprétation historiographique et non une classification automatique de tous ses bâtiments.

4. Larache : examen des œuvres, bâtiment par bâtiment 25:29–42:02

4.1. Le pont Alphonse XIII sur le Loukkos

Illustration du pont Alphonse XIII sur le Loukkos.
Illustration du pont Alphonse XIII sur le Loukkos.

Le premier dossier cité concerne le pont Alphonse XIII, ouvert à la circulation en 1929. Le nom du pont est normalisé ici d’après des publications techniques contemporaines, les sous-titres de la conférence ayant introduit plusieurs erreurs de numérotation. L’ingénieur Pascual Aragonés est associé au projet et à sa réalisation ; les intervenants indiquent cependant qu’une félicitation officielle adressée à Galmés atteste son intervention, particulièrement dans le programme décoratif des piles et des consoles. L’absence de son nom dans une longue présentation de la Revista de Obras Públicas illustre le problème de visibilité administrative qui traverse toute son œuvre.

4.2. Le Banco de Estado de Marruecos : une attribution par recoupement

Illustration associée au Banco de Estado de Marruecos à Larache.
Illustration associée au Banco de Estado de Marruecos à Larache.

Une ancienne notice journalistique attribuait à Galmés un « Banco de Estado de Marruecos » situé à Melilla, alors qu’Antonio Bravo Nieto ne reconnaît pas d’établissement correspondant dans cette ville. En rapprochant la notice d’un édifice à Larache et de ses caractéristiques formelles, il propose d’y reconnaître la construction évoquée. Le constat est stimulant, mais l’identification et l’attribution doivent rester présentées comme hypothétiques tant qu’un document direct n’a pas été produit.

4.3. Le Marché central : le dossier le mieux étayé

Vue du Marché central de Larache.
Vue du Marché central de Larache.

La contribution initiale de Galmés au Mercado Central de Larache est l’une des mieux établies. Le projet et la première pierre remontent à 1924 ; les travaux s’interrompent en 1925, reprennent en 1927 et se terminent en 1928, avec des changements effectués sous la direction de l’ingénieur León Urzáiz. La conférence mentionne aussi l’intervention ou l’appréciation d’autres ingénieurs, notamment Aragonés. Ces apports postérieurs expliquent les différences entre le projet initial et l’édifice livré, sans effacer l’apport fondateur de Galmés.

Le bâtiment occupe un îlot d’environ 60 × 60 mètres : espace couvert central, circulation périphérique, commerces spécialisés et locaux de service. Ses galeries, arcs, colonnettes, tuiles vertes et tourelles composent une architecture aussi fonctionnelle que représentative. Les ornements les plus littéralement historicistes pourraient, selon Bravo Nieto, provenir des modifications des ingénieurs ; il s’agit d’une lecture stylistique, non d’un partage définitivement documenté des éléments. La campagne de réhabilitation menée en 2001-2002, sous la direction architecturale de Catherine Elmrabet, montre qu’un grand bâtiment de cette période peut continuer à vivre grâce à une intervention fondée sur l’étude de ses matériaux, de sa structure et de ses usages.

4.4. Correos y Telégrafos : une œuvre probable sans dossier de projet complet

Architecture de Correos y Telégrafos à Larache.
Architecture de Correos y Telégrafos à Larache.

Le bâtiment des Postes et Télégraphes de Larache, achevé vers 1928, n’a pas livré aux chercheurs l’ensemble de ses plans originaux. Carlos Óvilo paraît avoir terminé les travaux, mais la composition des tours ajourées, panneaux de sebka, consoles en bois, balcons et ouvertures diverses correspond, selon les conférenciers, à la syntaxe propre de Galmés. Il serait donc plus rigoureux de parler d’une attribution stylistique fortement argumentée, avec intervention documentée d’Óvilo, plutôt que d’une signature exclusive et incontestable.

4.5. La place d’Espagne : mise en scène de la ville moderne

Vue de l’ancienne Plaza de España, aujourd’hui place de la Libération.
Vue de l’ancienne Plaza de España, aujourd’hui place de la Libération.

L’ancienne Plaza de España, aujourd’hui connue comme place de la Libération, constituait un espace charnière entre la médina et l’extension moderne. Les aménagements engagés notamment en 1923-1924, associés par les conférenciers au consul Zapico, participèrent à sa transformation en lieu représentatif. Galmés aurait marqué plusieurs immeubles de cet ensemble : angles théâtralisés, tours d’angle, balcons continus, loggias et décor ajouré.

L’une des photographies historiques présentées montre un bâtiment teinté de rouge, mais Bravo Nieto rappelle à juste titre que les photographies anciennement colorisées ne constituent pas une preuve irréfutable de la polychromie d’origine. Il critique aussi le recours à une peinture bleue uniforme sur certaines façades : le point mérite un relevé historique et stratigraphique précis, non une restauration conjecturale des couleurs.

4.6. L’immeuble à l’escalier monumental et à la coupole

Immeuble larachois évoqué pour son escalier et sa coupole.
Immeuble larachois évoqué pour son escalier et sa coupole.

L’un des édifices de la place se distingue par ses façades traitées différemment, ses lourds avant-toits et surtout son escalier intérieur tournant sous une coupole d’inspiration califale. Les chercheurs y voient un parallèle avec les solutions monumentales de la Casa Trujillo de Ceuta. Cette observation est capitale : pour identifier et protéger le patrimoine de Larache, il ne suffit pas de photographier les façades ; il faut inventorier les escaliers, ferronneries, coupoles, vestibules et menuiseries que les transformations font disparaître.

4.7. L’immeuble néo-baroque proche de la place : une alerte patrimoniale

Immeuble de composition néo-baroque évoqué dans la conférence.
Immeuble de composition néo-baroque évoqué dans la conférence.

Antonio Bravo Nieto attire l’attention sur un autre immeuble de grand caractère, voisin de la place, doté de colonnes, frontons, couronnements d’angle et formes néo-baroques. Il le décrit, au moment de la conférence, comme fortement dégradé et dit ignorer s’il existe encore dans son intégralité. Il faut lire ce passage comme un signalement daté de 2026 et non comme une expertise de stabilité. L’urgence scientifique est de localiser précisément le bâtiment, de confronter les images anciennes à l’état actuel et d’évaluer les risques avec des professionnels qualifiés.

4.8. Le « chalet du colonel » et les attributions rejetées

La recherche de maisons individuelles se révèle plus délicate encore. Le « chalet del coronel », près du marché, est évoqué dans une référence secondaire dépourvue de source précise ; ses transformations auraient supprimé une partie essentielle de son volume, ce qui rend une attribution difficile. Un autre ensemble de chalets a été écarté par les conférenciers en raison de différences de style et de chronologie, et rapproché plutôt de José Larrucea Garma. Cet exemple est utile : une étude sérieuse doit aussi expliquer pourquoi elle refuse certaines attributions séduisantes.

4.9. Les chalets de l’avenue Reina Victoria Eugenia / Mohammed V

Vue 1 sur 4 — Vue associée aux chalets historiques de l’avenue Mohammed V.
Vue 1 sur 4 — Vue associée aux chalets historiques de l’avenue Mohammed V.
Vue 2 sur 4 — Vue associée aux chalets historiques de l’avenue Mohammed V.
Vue 2 sur 4 — Vue associée aux chalets historiques de l’avenue Mohammed V.
Vue 3 sur 4 — Vue associée aux chalets historiques de l’avenue Mohammed V.
Vue 3 sur 4 — Vue associée aux chalets historiques de l’avenue Mohammed V.
Vue 4 sur 4 — Vue associée aux chalets historiques de l’avenue Mohammed V.
Vue 4 sur 4 — Vue associée aux chalets historiques de l’avenue Mohammed V.

La série des maisons-jardins de l’ancienne avenue Reina Victoria Eugenia, devenue avenue Mohammed V, constitue un enjeu majeur. Dans la conférence, Bravo Nieto étudie un ensemble de quinze chalets et examine, à partir des plans anciens et des séries photographiques, ceux qui pourraient être de Galmés : nos 2, 5, 8, 9 et 10. Toits débordants, colonnes, ferronnerie et volumes articulés servent d’indices, mais plusieurs maisons ont été profondément transformées. Les numéros sont ceux du classement exposé à l’écran, pas des numéros de voirie vérifiés.

Une question mérite d’être conservée explicitement : une étude plus ancienne reproduite sur ce blog parlait d’un total de douze chalets et identifiait un groupe plus restreint. La présentation de 2026 en dénombre quinze. Il ne faut pas fusionner artificiellement les deux inventaires. Leur périmètre, leurs systèmes de numérotation et les dates des cartes doivent être comparés avant de publier une liste définitive d’auteurs. 

4.10. L’église de 1926 : architecture projetée, jamais construite

Illustration 1 sur 2 — Illustration relative au projet d’église non construit de 1926 (ne pas confondre avec un plan d’archive).
Illustration 1 sur 2 — Illustration relative au projet d’église non construit de 1926 (ne pas confondre avec un plan d’archive).
Illustration 2 sur 2 — Illustration relative au projet d’église non construit de 1926 (ne pas confondre avec un plan d’archive).
Illustration 2 sur 2 — Illustration relative au projet d’église non construit de 1926 (ne pas confondre avec un plan d’archive).

Les intervenants disposent ici d’un projet conservé à l’AGA : une église monumentale conçue pour Larache en 1926, finalement non exécutée. Bravo Nieto avance comme explication probable son coût élevé, une proposition de Blanco Soler et Bergamín lui succédant peu après. Un ancien article de ce blog signalait, quant à lui, une opposition administrative concernant la proximité d’un fort. Les deux explications ne doivent pas être amalgamées : il faut confronter les décisions, plans et courriers administratifs avant de conclure sur la cause du rejet. Cette « architecture de papier » demeure un objet patrimonial, sans être un monument ayant réellement existé.

4.11. Les projets hors de Larache : Beni Ensar et l’hôtel de Tétouan

La conférence rappelle enfin la participation possible de Galmés à la douane de Beni Ensar, dans la région de Melilla, et son projet non réalisé d’hôtel de tourisme à Tétouan, lié aux administrations du Protectorat malgré sa démission. Ce dernier offre un référentiel précieux pour reconnaître son langage : arcatures, tours, effets de couronnement et composition volontairement expressive. Il révèle aussi la distance entre œuvre dessinée, œuvre signée, œuvre dirigée et œuvre réellement bâtie.

5. Ceuta : le laboratoire comparatif qui éclaire Larache 42:16–1:03:11

José Luis Gómez Barceló replace Galmés dans la ville de Ceuta, où la documentation est elle-même lacunaire : les propriétaires récupéraient parfois les projets déposés pour obtenir un permis, laissant les archives amputées de dossiers importants. L’orateur distingue néanmoins plusieurs réalisations, et plusieurs familles d’attributions.

La Casa Trujillo, monumentale par ses dimensions et sa composition intérieure, constitue le repère majeur. Les bâtiments du Paseo de las Palmeras et de la calle Jáudenes, liés à Demetrio Casares Vázquez, ainsi que les écoles de la barriada Sanjurjo, au Morro, complètent le corpus étudié. L’historien insiste sur la qualité de l’ornementation, des baies vitrées, du travail de métal et de bois. Il rappelle le rôle d’artisans spécialisés, notamment le sculpteur Cándido Mata Cañamaque, pour les décors en pierre artificielle, stuc et plâtre.

Le corpus comprend aussi un édifice disparu, remplacé par les installations des pompiers, reconstitué par rapprochement entre plan et photographie ; un projet de siège de la Junta de Obras del Puerto, puis transformé dans les années républicaines ; un projet d’église de Santa Teresa finalement abandonné ; des opérations de logement et d’aménagement du Morro, en lien avec les préoccupations de logement populaire de Gaspar Blein ; une maison-atelier réalisée pour l’artisan Cándido Mata ; et des collaborations possibles avec Santiago Sanguinetti, des entrepreneurs et d’autres professionnels.

Les désaccords d’attribution sont particulièrement instructifs. Gómez Barceló relève des projets signés par Carlos Óvilo, Gaspar Blein ou Santiago Sanguinetti dont certains détails et plans d’appartements lui semblent proches de Galmés, sans que la preuve soit toujours acquise. Il évoque les sociétés de construction, le problème de la signature par l’architecte « officiel », les chantiers interrompus ou repris, et le conflit sur les honoraires d’auteur de la Casa Trujillo. Il décrit aussi une conception de l’habitation attentive à la distribution moderne des pièces et à la confidentialité des accès, possible indice supplémentaire mais non décisif.

Plusieurs rapprochements demeurent expressément incertains : maisons de la rue Canalejas, Casa Sancho de Méndez Núñez, immeubles rapprochés grâce aux archives photographiques de Ros ou Calatayud, chalet du photographe José Calatayud, et certaines opérations d’extension de la Marina. Enfin, Gómez Barceló voit dans la prison de Los Rosales, œuvre de José Luis Aranguren, un écho postérieur du langage formel du marché de Larache : il parle d’une influence esthétique, non d’une réalisation de Galmés.

6. Ce que l’on peut affirmer — et ce qui demande enquête

DossierÉtat des connaissances présenté ici
Marché central de LaracheProjet initial attribué de manière documentée à Galmés (1924) ; travaux achevés après modifications de León Urzáiz (1928).
Pont Alphonse XIIIProjet technique associé à Pascual Aragonés ; participation décorative de Galmés soutenue par la mention d’une félicitation officielle dans la conférence.
Projet d’église (1926)Projet conservé ; bâtiment jamais réalisé. Cause exacte de l’abandon encore à documenter.
Correos, Banco, immeubles de la placeAttributions stylistiques fortes ou proposées selon le cas ; absence de dossiers d’auteur entièrement probants pour certains édifices.
Chalets avenue Mohammed VSélection de candidats sur planimétrie, datation et photographie ; inventaire et numérotation à harmoniser.
Œuvres de Ceuta et CadixCorpus mixte : certains projets identifiés, d’autres collaborations ou hypothèses ; signatures parfois discordantes avec les formes.

Cette hiérarchisation interdit deux raccourcis : attribuer chaque décor néo-arabe à Galmés, ou écarter sa participation parce qu’un projet est signé d’un ingénieur. Le meilleur résultat de la conférence est méthodologique : elle nous apprend à poser de meilleures questions aux bâtiments.

7. Pour la mémoire collective de Larache : un programme d’action

Les rues du centre, les avenues du Protectorat, les marchés, les hôtels et les villas ne sont pas seulement des « vestiges espagnols ». Ils font partie de l’histoire urbaine marocaine de Larache, des usages quotidiens, des parcours familiaux et des transformations sociales qui se sont succédé depuis plus d’un siècle. Les conserver ne signifie pas effacer le contexte colonial de leur construction ; c’est au contraire le documenter avec précision, tout en reconnaissant les appropriations et les significations acquises depuis l’indépendance.

La conférence suggère un chantier concret : constituer un inventaire photographique et cartographique géoréférencé des édifices mentionnés ; comparer les cartes anciennes aux parcelles actuelles ; identifier les projets aux archives de l’AGA, de Ceuta et du Maroc ; relever les intérieurs menacés ; enregistrer les témoignages des habitants ; distinguer la photographie historique, la restauration numérique et la reconstruction hypothétique ; enfin publier, bâtiment par bâtiment, une notice de certitude, d’état de conservation et de recommandations. Les modèles 3D peuvent renforcer ce travail s’ils rendent visibles leur documentation et leurs lacunes plutôt que d’inventer une certitude architecturale.

L’une des plus fortes conclusions de cette rencontre est simple : Larache mérite une histoire de l’architecture patiente, partagée et critique. Dans cette histoire, les édifices de Galmés ne sont ni des objets isolés ni de simples curiosités stylistiques : ils constituent des fragments essentiels de la mémoire collective de notre ville, et parfois les derniers témoins matériels de gestes, de savoir-faire et de projets oubliés.

Sources, prolongements et précautions de lecture

  1. Enregistrement intégral de la conférence, XXIX Jornadas de Historia de Ceuta, 5 octobre 2026, interventions à 03:19, 25:29 et 42:16.
  2. Puente Alfonso XIII, sobre el Lucus — ouvrage technique historique sur le pont (1929).
  3. Programme des XXIX Journadas de Historia de Ceuta : noms, institutions et titre de la communication.
  4. Junta de Andalucía : réhabilitation du Mercado Central de Larache, chronologie 1924-1928 et intervention 2001-2002.
  5. Historia de Larache en fotos : El arquitecto Andrés Galmés Nadal, notice historique et stylistique antérieure à la conférence.
  6. Historia de Larache en fotos : El Mercado de Abastos, dossier photographique et mémoire du marché.
  7. Historia de Larache en fotos : Proyecto de una Iglesia en Larache 1926, document et restitution du projet non réalisé.
  8. Antonio Bravo Nieto, Arquitectura y urbanismo español en el norte de Marruecos, Junta de Andalucía, 2000 (contexte historiographique).

Note éditoriale : les interprétations et attributions tirées de la conférence sont explicitement attribuées aux intervenants. Cet article est une synthèse analytique de leurs propos, enrichie de références extérieures identifiées ; il ne prétend pas remplacer la consultation des plans et des archives originaux.

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Dossier original de synthèse historique pour Historia de Larache en fotos. Crédit scientifique des recherches présentées : Sergio Ramírez González, Antonio Bravo Nieto et José Luis Gómez Barceló. La citation de cette page doit distinguer les propos des conférenciers des commentaires éditoriaux du blog. Retour au début.

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